Veille prospective

Face à un monde où les crises se multiplient et s’entremêlent, la Wallonie développe un processus innovant de veille prospective pour mieux anticiper les risques émergents. En effet, dans un environnement constitué d’une réalité dite de « polycrises » (Centre National de Crise, 2024), où les enjeux sont à la fois complexes, incertains et interconnectés, anticiper les signaux de changement devient essentiel pour renforcer la résilience du territoire wallon.

Focus sur la veille prospective

Depuis septembre 2023, le CORTEX coordonne un processus de veille prospective afin d’identifier les risques émergents — des phénomènes encore peu visibles à l’instant présent mais susceptibles d’évoluer plus ou moins fortement — ainsi que les risques potentiels, c’est à dire des événements qui pourraient se produire à moyen ou long terme. Cette démarche répond aux objectifs fixés par le décret wallon du 13 juillet 2023 relatif à la gestion des risques et des crises. Elle complète également l’Analyse régionale des risques, publiée tous les trois ans.

Qu'est-ce que la prospective ?

La prospective (ou foresight) est une démarche d’anticipation structurée. Elle permet d’explorer et d’identifier des futurs et d’aider à orienter les choix d’aujourd’hui.

On distingue trois approches complémentaires (Calay et al., 2022d ; Dreyer & Stang, 2013 ; Commission européenne, 2023) :

  • La prospective exploratoire : elle permet d’analyser des situations incertaines et d’identifier des phénomènes de rupture — qui rompent complètement avec ce qui était jusque-là communément admis dans un domaine donné — pour imaginer différents futurs possibles à moyen ou long terme.
  • La prospective normative : à partir de l’identification d’objectifs et de moyens, elle permet de proposer des futurs souhaitables.
  • La prospective stratégique : elle vise à intégrer les résultats des démarches prospectives dans les décisions politiques et organisationnelles.

La prospective permet ainsi d’anticiper les changements et leurs implications de manière proactive, de mieux s’y préparer et de rendre les politiques publiques plus résilientes. En s’appuyant sur l’intelligence collective et le partage d’expertise, elle participe à créer des connaissances pour mieux comprendre les évolutions futures et prendre des décisions.

Favorisant l’interdisciplinarité, la pluralité et la participation, elle complète les approches prévisionnelles plus quantitatives, en intégrant notamment des ruptures ou des événements rares à fort impact (comme la pandémie de Covid 19 ou les inondations de juillet 2021) (Dreyer et Stang, 2013 ; Calay et al. 2022a, 2022e, 2022f ; Commission européenne, 2023 ; OCDE, 2019) ; Petit Jean, 2016).

Qu'est-ce que la veille prospective ?

La veille prospective est l’une des méthodes les plus fréquemment utilisées dans une approche prospective et est une base essentielle afin d’identifier des enjeux prospectifs et de nourrir les études dans ces domaines.

Elle consiste à surveiller activement l’environnement afin de repérer :

  • des signaux faibles ;
  • des tendances (croissantes ou décroissantes) ;
  • des phénomènes émergents ;
  • des ruptures et événements improbables à fort impact ;
  • des facteurs de changement (drivers).

L’objectif est de détecter tôt les évolutions susceptibles d’affecter la société, l’économie, l’environnement… et leurs impacts. Ces observations nourrissent ensuite des analyses, des stratégies, des politiques publiques.

Quelle utilité d’une veille prospective en gestion des risques et des crises et au sein du CORTEX ?

Les objectifs d’une veille prospective et de la gestion de risques et des crises sont complémentaires (Brunet et Guyot, 2019). La prospective, et la veille prospective, permettent d’identifier des informations anticipatives liées, entre-autre, aux risques à long terme pouvant potentiellement impacter la Région wallonne. Cela favorise l’adaptation des stratégies mises en œuvre ainsi qu’une meilleure préparation, prévention et in fine, gestion des risques et crises à venir et des acteurs concernés. Elle permet donc de renforcer une vision multidisciplinaire des risques dans un contexte de polycrises.

Au CORTEX, la veille prospective constitue la première étape d’une démarche prospective complète. Elle vise en particulier à :

  1. Identifier et anticiper les risques émergents /potentiels et leurs impacts et causes, dans les domaines naturels, technologiques, sociétaux, économiques, politiques ou juridiques.
  2. Sensibiliser les acteurs publics aux risques et évolutions futures possibles.
  3. Produire des connaissances partageables avec d’autres acteurs, grâce à l’intelligence collective.
  4. Soutenir la prise de décision stratégique.

Les principaux bénéficiaires sont les services du SPW, le Gouvernement wallon, les Unités d’Administration Publique (UAP), les services de gestion des risques et les institutions de recherche. Les résultats peuvent également intéresser un public plus large (entreprises, citoyens…).

Les étapes de la veille prospective au sein du CORTEX

Le processus de veille prospective sur les risques coordonné par le CORTEX s’étend sur plusieurs mois. Il consiste à collecter et analyser en continu, dans une perspective multidisciplinaire, des informations et observations (« signaux faibles ») susceptibles d’informer sur le développement à moyen et long terme de phénomènes dits émergents et potentiels, et sur l’évolution de certaines tendances établies (croissantes ou décroissantes). L’association de ces signaux faibles forme un « signal de changement ». Ces signaux de changement peuvent engendrer des risques à court, moyen et long terme pour un système, un territoire ou une société donnée ; remettre en question les connaissances actuelles ; et induire des changements durables de comportement, de stratégie et de politique.

Le processus repose sur la méthodologie européenne d’Horizon Scanning du Centre de recherche inter-institutionnel ESPAS (Système européen d’analyse stratégique et politique) et sur l’analyse STEEPLE(D), qui examine les dimensions sociales, technologiques, environnementales, économiques, politiques, légales, éthiques et démographiques.
 

Le processus en 4 étapes :

  1. Collecte de signaux faibles : mise en commun d’informations nouvelles ou pertinentes dans les domaines relevant de la Région wallonne.
  2. Analyse en deux phases :
    • analyse collective des signaux faibles pour identifier des signaux de changement ;
    • analyse des impacts et des causes des signaux de changement identifiés.
  3. Identification et priorisation d’actions à entreprendre.
  4. Production et diffusion d’un livrable intitulé Horizons et Risques Emergents.

Deux ateliers réunissant des parties prenantes sont organisés pour accompagner ces étapes. Les acteurs mobilisés incluent principalement les services du SPW, UAP, les services de gestion de crise et les institutions de recherche.

Horizons et Risques Emergents

La première édition d’Horizons & Risques Emergents est le produit final du processus de veille prospective sur les risques mis en place en Wallonie sous l’égide du CORTEX. Il présente les résultats des deux cycles de veille prospective menés en 2023-2025. Ces ateliers ont permis d’identifier et de développer, à travers ce premier numéro, trois signaux de changement majeurs : 

  • Les développements technologiques comme vecteurs de risques ;
  • La hausse de la fréquence et de l’intensité des phénomènes climatiques extrêmes ;
  • La dégradation de la santé globale.

Ce premier numéro propose des analyses approfondies et des pistes d’action pour aider les décideurs, gestionnaires de dossier, risques et crises et chercheurs à anticiper les évolutions en cours et renforcer la résilience de la Wallonie.

Découvrir la brochure Horizons & Risques Emergents n°1
 

Ressources pour aller plus loin...

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